87 jours. 87 levers de soleil où, au lieu de me rendormir sous le poids de l’habitude, j’ai choisi d’ancrer ma force dans la matière. Ce corps, autrefois spectateur passif des tumultes de mon esprit, devient peu à peu une architecture stable, un socle inébranlable sur lequel même le vent le plus violent ne saurait souffler. Il se passe quelque chose d’inattendu : ma paix intérieure ne reste plus enfermée dans un silence immobile, elle s’infiltre dans mes muscles, dans mes os, dans mon souffle. Je dors mieux, je me tiens droit, je ne suis plus cette feuille morte emportée par les bourrasques de l’existence.
L’Ayurveda le dit depuis des millénaires : l’alimentation, l’activité physique et le sommeil sont les trois piliers d’une vie équilibrée. Je le sais depuis mes 18 ans. Mais entre la théorie et l’expérience, il y a un gouffre abyssal, et franchir ce précipice a toujours été un défi quasi insurmontable.
Dernièrement, une nouvelle idée s’est infiltrée dans mon esprit : intégrer le yoga à ma routine. Évidemment, fidèle à mes vieux schémas, j’ai aussitôt conçu un programme intensif, rigide et absurde, comme si j’allais me forger une discipline militaire à coup de bonnes intentions. Le parfait piège pour procrastiner en me dégoûtant à la première séance.
Et puis, en quelques mots, une prof de yoga a fait exploser ma prison mentale : « Le jour où tu as envie de faire du yoga, fais-le. Le jour où tu n’en as pas envie, ne le fais pas. »
Révélation. Comme si une pression invisible s’était dissipée d’un seul coup. Libéré du joug de la contrainte, j’ai simplement laissé faire… et voilà deux jours que, sans effort, sans forcer, sans lutte, je me retrouve naturellement sur mon tapis, enchaînant les postures comme une évidence.
Peut-être que le secret n’a jamais été dans la discipline forcée, mais dans l’abandon à un rythme plus grand que moi. Un rythme qui sait exactement ce dont j’ai besoin, avant même que je ne le sache moi-même.