Publier hier m’a fait un bien fou. Coucher sur le papier le fonctionnement perfide de mon mental l’a désamorcé net, laissant émerger, comme une étoile après l’orage, une joie insoupçonnée. Alors, je le réécris ici, non pas pour vous, mais pour moi, pour l’ancrer, pour ne plus sombrer dans l’oubli, cette spirale infernale qui me pousse à revivre sans cesse les mêmes schémas.
Mon mental a un talent, celui d’exceller dans l’illusion. Il me jette à la figure des paires d’opposés et m’ordonne de choisir, comme un marchand de tapis qui me ferait croire qu’il n’existe que deux couleurs dans le spectre. Or, le piège est là : le choix est impossible. Chaque option, prise isolément, se tient, est viable, légitime. C’est un stratagème retors, une boucle sans fin où la contradiction n’est pas une erreur mais la nature même du système. Et là, dans cette mécanique grippée, la faille apparaît, béante, mettant en lumière l’incohérence fondamentale de mon mental.
Quel soulagement de se rappeler que cet escroc n’est pas fiable ! Il invente, il brode, il tisse des récits avec une virtuosité diabolique. Et si j’ai le malheur de le prendre au sérieux, me voilà embarqué dans un voyage express vers la dépression, ce pays sans lumière où chaque pensée devient un poids insoutenable.
Mais voilà son talon d’Achille : il suffit de pointer du doigt ses absurdités pour qu’il s’effondre, comme un château de cartes sous un vent trop fort. Lorsqu’il se tait, que reste-t-il ? La paix. Une joie silencieuse, sans cause, et la simple présence du corps, ici et maintenant. Une évidence brute, sans artifice.
J’aimerais ne plus l’oublier. Ne plus me laisser prendre par le même tour de passe-passe. Mais l’oubli est tenace. Je suis un expert en la matière, un virtuose de la boucle infinie. Dépression, développement personnel, libération… et retour à la case départ ! Un manège dont je connais chaque recoin et où pourtant, je remonte toujours, comme si je redécouvrais la magie à chaque tour.
Un jour, peut-être, je me lasserai du cirque. Ou peut-être pas. Après tout, qui suis-je sans cette comédie ?