Il y a quelques jours, le hasard m’a fait croiser un thérapeute ostéopathe. En quelques instants, il a posé son diagnostic : « Vous êtes coupé en deux. » Cette phrase, apparemment banale, a résonné comme un écho, un miroir brisé, me renvoyant à une réalité que j’avais longtemps refoulée. Et, curieusement, cette même phrase m’avait été prononcée par un autre ostéopathe, il ya bien des années, alors que j’avais à peine 15 ans.
Qu’est-ce que cela signifie, être « coupé en deux » ? C’est, pour l’âme, un déchirement profond. C’est la révélation que l’esprit et le corps, dans leur danse intime, se sont divisés sous le poids de quelque chose d’inexprimable, quelque chose d’intolérable pour la conscience humaine. La théorie qui se dessine, bien que purement hypothétique, est celle d’un passé noyé dans l’oubli volontaire du cerveau, un passé où les blessures ont été si vives qu’elles ont laissé l’esprit dans une forme d’automatisme protecteur. Mon passé, ou ce qu’il en reste, est un néant, une page blanche que mon esprit refuse de remplir.
Mon psychiatre m’a alors expliqué avec une clarté frappante : « Votre cerveau refuse l’expérience, et traite la réalité comme un ennemi. » Et c’est là que réside le gouffre. Un gouffre entre la mémoire et l’expérience, entre le corps qui cherche à ressentir et l’esprit qui cherche à oublier. Je suis devenu un étranger à mon propre corps, un spectateur désincarné, comme un spectre flottant dans un monde qui me semble lointain et hostile. Mes émotions sont devenues des ombres fuyantes, mes sensations des échos lointains. L’harmonie entre l’esprit et le corps s’est effondrée, et je me trouve perdu dans cette dissonance qui rend chaque interaction avec ce monde, chaque mouvement, chaque souffle, un défi.
Dans cet état de scission intérieure, il est difficile de naviguer dans la réalité, de saisir pleinement l’existence. Le monde semble se dérober sous mes pieds, un terrain instable où je cherche encore un point d’ancrage. Mais que faire quand le plus grand des adversaires se cache dans l’invisible ? Quand le combat n’est pas contre le monde extérieur, mais contre soi-même, contre une vérité trop lourde à affronter ? C’est un chemin semé d’embûches, où chaque pas est une tentative pour réconcilier ce qui a été fracturé, pour redonner vie à ce qui a été effacé.
Là réside l’essence de la quête humaine : réparer l’âme déchirée, recoller les morceaux de cette existence fragmentée, et retrouver une unité perdue depuis trop longtemps.