Dire merci, une absurdité autrefois, une révélation aujourd’hui.

Plongé dans la souffrance, il me fallait un coupable, un bouc émissaire. Qui d’autre que mes parents ? Ceux qui m’avaient ouvert les portes de ce monde impitoyable, ceux qui m’avaient légué leurs blessures affectives, leurs névroses. Deux êtres imparfaits qui, pour une raison obscure, avaient décidé d’avoir un enfant. Quelle folie. À une époque, j’aurais rêvé d’un permis obligatoire pour procréer, empêchant les esprits brisés de perpétuer leurs failles. Une pensée radicale, j’en conviens.

Mais un jour, la responsabilité personnelle s’est imposée à moi. Tant que j’attribuais mon malheur à une cause extérieure, je n’avais aucun pouvoir de transformation. Alors, j’ai commencé à sonder en moi-même, jusqu’à comprendre une vérité déroutante : si mes parents n’étaient pas responsables, moi non plus. Où se trouvait donc la responsabilité ? Nulle part. Il ne restait qu’une seule issue : accepter. Dire oui, oui à la vie, à tout ce qu’elle avait été. Et à ce moment précis, la souffrance s’est dissipée comme par enchantement. La vie est devenue une aventure, un terrain de jeu où j’étais l’acteur principal. Et quoi de plus exaltant que d’être sous le feu de ses propres projecteurs ?

Il y a quelques semaines, ma mère m’a confié qu’elle regrettait certaines erreurs faites avec ma sœur et moi. Si elle pouvait recommencer, elle agirait différemment. Je l’ai arrêtée net : si elle n’avait pas fait ces erreurs, je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui. Et j’aime être moi. Alors, plutôt que de lui en vouloir, je l’ai remerciée. J’ai remercié mon père et ma belle-mère aussi, pour avoir créé un cadre si douloureux que les barrières ont fini par céder, m’offrant une renaissance. Une seconde vie, riche de moi-même, riche de gratitude.

Si je devais tout revivre, je referais chaque chose à l’identique.

Facebook
X
VK
LinkedIn
Telegram
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *