La spiritualité est souvent perçue comme un chemin vers la paix intérieure, une quête pour mieux comprendre le soi profond. Cependant, certaines approches peuvent devenir des pièges mentaux, nous éloignant de la réalité et parfois même contribuant à des troubles psychiatriques. Mon propre parcours illustre bien cette dynamique entre quête spirituelle et troubles psychiques.
Ma quête de guérison et les dérives spirituelles
Pendant des années, j’ai cherché à guérir de je ne savais même pas quoi. La spiritualité et l’énergétique sont devenues des refuges dans lesquels je m’isolais, pensant que des dimensions invisibles détenaient la clé de ma guérison. Plus je pratiquais, plus je me dissociais du monde réel, cherchant une paix intérieure dans des pratiques qui m’éloignaient de ma réalité physique. Ma consommation de cannabis, un moyen d’évasion de mes frustrations et de ma douleur, s’est intensifiée à mesure que je fuyais dans l’énergétique. J’ai espéré pendant longtemps que la « magie » et des entités spirituelles comme les maîtres ascensionnés, les Pléiadiens, les archanges ou la source me sauvent, me libérant des souffrances de la vie tangible. J’ai même commencé à voir ces dimensions comme plus réelles que notre monde physique. Cette croyance m’a conduit à nier mon corps et à entretenir une dissociation entre la matière et l’esprit.
L’illusion de l’astral et la dissociation
Un aspect central de mon voyage spirituel a été mon immersion dans le monde astral, guidée par des canalisations. Je croyais que ce monde « astral » était une réalité plus pure, plus élevée. Mais en réalité, il s’est révélé être un piège. Ce monde, aussi fascinant soit-il, se nourrit de notre énergie pour exister. Ce retour au spirituel, en négligeant la réalité physique et mon propre corps, a accentué ma dissociation et m’a coupé de ce qui était essentiel : la connexion à la matière et à ma propre humanité.
De plus, avoir suivi pendant des années un maître spirituel m’a conduit à un orgueil spirituel destructeur. L’idée que j’étais sur un chemin supérieur à celui des autres a alimenté un ego spirituel qui a nui non seulement à ma perception de moi-même, mais aussi à mes relations. Au lieu de vivre la spiritualité comme un moyen de se connecter profondément avec les autres, cela est devenu un moyen de m’isoler davantage.
Les pièges de la spiritualité : Entre évitement et déréalisation
Ce que j’ai découvert à travers ces expériences, c’est que la spiritualité, si elle est mal comprise ou mal pratiquée, peut devenir un terrain propice à la déconnexion du réel. Ce phénomène de dissociation, où le monde extérieur devient flou et difficile à appréhender, est souvent décrit en psychiatrie sous le terme de déréalisation ou dépersonnalisation. Ce sont des états où une personne se sent déconnectée de la réalité, comme si le monde autour d’elle était irréel ou lointain.
Les neurosciences nous montrent que ces états de conscience altérés, lorsqu’ils sont trop fréquents ou mal gérés, activent des zones du cerveau liées à la dissociation. Par exemple, des pratiques comme la méditation extrême ou des expériences spirituelles non encadrées peuvent entraîner cette sensation de déconnexion, créant une sorte de fracture entre l’individu et le monde extérieur. En m’éloignant trop du concret, je suis tombé dans ce piège, où l’imaginaire devenait plus réel que la réalité tangible.
Spiritualité et psychiatrie : Des alliées possibles
Aujourd’hui, avec du recul, je comprends que ma quête spirituelle, bien qu’elle m’ait permis de grandir d’une certaine manière, était avant tout une tentative de fuir la souffrance. En cela, elle entre dans le domaine de la psychiatrie, comme une défense psychologique. L’évasion dans des mondes imaginaires, la construction d’un récit grandiose sur ma mission dans l’univers, tout cela relevait de mécanismes de défense qui, loin de m’apporter la guérison, ont exacerbé mes troubles internes.
Cependant, cette expérience spirituelle, bien qu’elle ait été déroutante, n’est pas totalement dissociée de la guérison. Ce n’est pas la spiritualité en soi qui est problématique, mais sa mauvaise compréhension. Lorsque la spiritualité est mal vécue, elle peut effectivement nourrir des troubles comme la dépression, l’anxiété, ou même des psychoses, en déconnectant l’individu du monde réel. Mais bien intégrée, elle peut aussi être un outil puissant pour la guérison. Aujourd’hui, je perçois la spiritualité comme un moyen de mieux comprendre l’interconnexion entre l’esprit et la matière, une manière de vivre pleinement la réalité, sans chercher à m’en échapper.
L’ancrage dans la réalité : Vers une spiritualité pratique
Le vrai défi réside dans l’intégration de la spiritualité dans le quotidien. La quête de paix intérieure ne doit pas passer par l’évasion du monde réel, mais par une acceptation de ce monde avec ses contradictions, ses imperfections. Pour que la spiritualité soit véritablement bénéfique, elle doit nous connecter à la réalité, au corps et à la matière. La pleine conscience, par exemple, est une pratique qui aide à rester ancré dans le présent, à observer sans jugement nos sensations, nos pensées et nos émotions, sans chercher à les fuir.
Une spiritualité équilibrée, loin de nous couper du monde, doit nous permettre de nous y engager pleinement. Cela implique une action concrète, une participation active à la société et à la vie des autres. La spiritualité doit nourrir nos relations, pas nous isoler. En psychiatrie, des approches comme la thérapie fondée sur la pleine conscience ou l’acceptation et l’engagement (ACT) montrent que la spiritualité peut être un outil précieux si elle est utilisée pour nous ancrer dans la réalité, plutôt que pour nous en éloigner.
La paix dans l’acceptation du réel
Aujourd’hui, je vois la matière et l’esprit comme deux éléments indissociables. Tout est matière intelligente, et cette prise de conscience m’aide à retrouver mon équilibre. La véritable paix intérieure ne réside pas dans le rejet de la réalité, mais dans son acceptation. La psychiatrie et la spiritualité, bien que parfois en tension, peuvent s’enrichir mutuellement. Ensemble, elles nous rappellent que notre quête de sens ne doit pas nous couper du monde, mais nous y connecter plus profondément.
L’essentiel de la guérison réside dans l’acceptation des défis du monde, dans l’intégration de notre humanité et de notre spiritualité dans le quotidien. La véritable paix se trouve dans l’engagement avec la vie, et non dans l’évasion de celle-ci.