On m’avait vendu l’existence comme une affaire sérieuse, très sérieuse. Un long chemin semé d’embûches, de sacrifices et d’objectifs à cocher. On ne m’avait pas prévenu qu’un jour, sans crier gare, au détour d’un rayon de supermarché banal, j’allais être foudroyé par une joie aussi gratuite qu’incongrue.
Un pot de yaourt. C’est tout ce qu’il a fallu pour que le monde implose dans une gerbe silencieuse de lumière et d’absurdité. Une onde, venue de nulle part, a balayé mon cynisme, mes doutes et la mélancolie qui me collait aux basques comme un chewing-gum trop vieux. Une joie pure, brute, sans motif, comme si l’univers avait appuyé sur un interrupteur oublié en moi.
Puis, comme un rêve trop court, l’instant s’est effiloché, me laissant planté là, la bouche entrouverte, un yaourt discount à la main, et cette unique pensée : « C’était quoi, ce bordel ? »
Quand la joie décide d’emménager
D’abord fugace, cette sensation a commencé à prendre ses aises, comme une invitée surprise qui finit par poser ses valises dans mon salon. Elle ne se contente plus d’apparaître en pyjama, elle s’installe, elle repeint les murs, elle met les pieds sur la table.
Et le plus savoureux dans tout ça ? Elle n’a besoin de rien.
Pas de victoire éclatante, pas d’amour éperdu, pas de destination exotique. Elle fleurit dans l’ordinaire, se love dans le banal, éclot au creux des silences.
Une drogue dure 100 % légale
Soyons honnêtes, si un laboratoire avait trouvé le moyen de la synthétiser, la joie serait déjà interdite par décret présidentiel. Trop puissante. Trop contagieuse. Trop dangereuse pour une société qui carbure à l’anxiété.
Voyez plutôt les effets secondaires :
Turbo-cortex activé : Une simple brise sur ma peau et mon cerveau s’illumine comme un temple en pleine fête sacrée. Finies les ruminations stériles, place à une clarté affûtée, légère comme une plume.
Relaxation d’élite : Avant, j’étais tendu comme un tambour de guerre. Maintenant, mon corps a découvert le mode « éponge trempée » et flotte avec une nonchalance insolente.
Upgrade émotionnel : La peur et le stress ? Relégués au rang d’antiquités. Mon cœur, qui battait jadis comme un chef d’orchestre sous amphétamines, s’est découvert un tempo tranquille.
Connexion sociale sans bugs : Moins de filtres, plus de présence. Les autres me paraissent plus vrais, ou peut-être est-ce moi qui ai cessé de me cacher.
Explosion créative : Les idées fusent comme des comètes ivres. Plus de syndrome de la page blanche, plus de censure intérieure. Ça coule, ça jaillit, ça danse.
Le miracle invisible
Le plus absurde dans cette histoire ? La joie ne se gagne pas. Elle n’est pas au bout d’une quête initiatique, d’une illumination transcendante ou d’un compte en banque bien garni.
Elle est là. Dans la vapeur du café du matin. Dans un éclat de rire qui surgit sans prévenir. Dans le rythme feutré d’une marche sans destination.
Avant, je croyais qu’il fallait mériter le bonheur. Maintenant, je sais qu’il suffit de cesser de le poursuivre.
Et si le vrai bug du système, c’était justement ça ?