Autrefois, mon emploi du temps était d’une simplicité monastique : me lever (optionnel), allumer un joint (indispensable), regarder des films (obligatoire), sombrer dans l’oubli alcoolique (incontournable). C’était une routine rigoureusement huilée, une mécanique bien rodée de l’auto-sabotage. Toute tentative de variation était immédiatement rejetée par mon conseil intérieur. Sortir ? Dans ce monde démoniaque ? Hors de question, reste la, bien au chaud dans tes draps pas lavés depuis 8 mois.
Et puis, un jour, sans prévenir, j’ai quitté mon lit. D’abord en traînant des pieds, puis en marchant franchement, et un matin – miracle – je me suis retrouvé debout, hors de mon terrier psychique. Le monde extérieur existait, et moi avec. Je ne sais pas trop ce qui m’a poussé à sortir – les médicaments, un alignement cosmique, un bug dans la matrice ? Peu importe. Ce que je sais, c’est qu’un jour toute ma souffrance a disparu, balayée comme un graffiti obscène sous le jet d’un Karcher céleste. Mon malheur évaporé, il ne restait plus que le grand ciel bleu de la possibilité.
Mais alors… que faire de tout cet espace-temps soudain disponible ?
Me voici donc, ministre sans ministère, gestionnaire d’un agenda diplomatique d’une implacable vacuité. Chaque matin, je consulte mon planning avec gravité :
8h00 : Réveil triomphal, seul public : moi-même et mon doudou.
9h00 – 11h00 : Contemplation du plafond, suivi d’une profonde réflexion existentielle sur la texture du café soluble. Ah non j’ai plus le droit au café pardon, de la chicorée.
12h00 : Banquet gastronomique (enfin si quelqu’un me fait à manger).
14h00 – 16h00 : Conseil interministériel avec moi-même sur la nécessité de bouger. Résolution : procrastiner un peu plus. En même temps, à part écrire des conneries sur Facebook j’ai rien à faire.
17h00 : Flânerie philosophique devant la fenêtre (observations majeures : le vent souffle, les pigeons existent et l’herbe est verte).
20h00 : Discours à la nation intérieure : « Demain, je ferai plus de choses ! » (incertitude sur la mise en œuvre).
Heureusement, un petit boulot, du bénévolat et des rencontres viennent peu à peu fissurer ce désert organisationnel. Mais la matière ne suit pas aussi vite que l’esprit. L’univers, ce grand paresseux, semble mettre un malin plaisir à retarder la synchronisation entre ma vie intérieure en pleine effervescence et ma vie extérieure qui traîne encore des pieds.
Mais qu’importe. Rome ne s’est pas remplie en un jour.
En attendant, mon emploi du temps reste un chef-d’œuvre minimaliste.