Hier soir, pour la première fois depuis des années, j’ai assisté à une soirée sans recourir à l’alcool ni au cannabis. L’expérience, bien que globalement agréable, s’est teintée d’un étrange malaise en fin de soirée. L’énergie diffuse de l’ivresse ambiante m’a dérangé. Il y avait dans l’air quelque chose d’inconfortable, une sensation troublante : celle d’une humanité en quête d’évasion, d’un abandon collectif où l’on se noie dans l’oubli de soi-même. Et pourtant, la soirée était loin d’être excessive. Ironie du sort, moi qui autrefois me plongeais dans des états d’ivresse abyssaux, je me surprends aujourd’hui à ressentir une forme d’intolérance… et cela m’effraie.
Sur le chemin du retour, nous avons raccompagné un ami manifestement bien entamé par l’alcool. Son comportement m’a profondément agacé, jusqu’à devenir franchement insupportable lorsqu’il s’est mis à se montrer agressif à mon égard. Moi qui avais traversé la soirée avec un sourire paisible, je me suis soudain senti envahi d’une colère brûlante. Mon agacement a enflammé son hostilité, et la tension est montée d’un cran.
Ma colocataire m’a alors glissé une remarque intéressante : j’avais désormais sous les yeux le reflet exact de ce que j’avais été si souvent. Ivresse, agressivité et cette conviction d’être dans mon bon droit… un vrai connard, en somme.
Ce matin, cette scène ne cesse de hanter mon esprit. Elle me suit, omniprésente, au point de raviver en moi des souvenirs anciens, des réminiscences d’un passé que je croyais révolu. Cloué dans mon lit, le cœur et l’estomac serré, je lutte contre une peur viscérale, terrassé par l’angoisse au point de me réfugier dans le Xanax.
Une amie m’a suggéré que ce qui me bouleverse n’est autre que l’image de mon ancien moi, encore non digérée, amplifiée par mon hypersensibilité. Et quelle intensité… Je n’avais jamais fait face à de telles vagues émotionnelles, car jusqu’ici, l’alcool et le cannabis formaient un rempart entre moi et ces tourments. Même à présent, puis-je réellement parler de sobriété alors que je me réfugie dans les anxiolytiques ?
Je prends conscience de mon intolérance face à l’alcool et, plus encore, face à celui que j’ai été. Ma colocataire m’a même filmé un jour pour me montrer mon visage sous l’emprise de l’alcool. À ce jour, je n’ai jamais eu le courage de regarder cette vidéo.
Depuis plusieurs mois, je me targue d’avoir transformé ma vie en un miracle. Mais aujourd’hui, je suis rattrapé. Rattrapé par ma difficulté à composer avec la violence et la perte de contrôle. Rattrapé par mon hypersensibilité et mes peurs profondes, celles qui, jusque-là, se noyaient dans l’ivresse.