Épopée d’un Héros en Chaussettes : Entre Gloire et Déchéance

Voilà dix jours que j’ai abandonné mon sport matinal, cette noble discipline qui, durant 145 jours, avait fait de moi un guerrier matinal. Une odyssée héroïque, balayée d’un revers de flemme. Et me voilà, non pas reposé, mais insomniaque, contemplant le plafond comme un philosophe en pleine crise existentielle. Ô perfidie du sommeil ! Moi qui l’accueillais jadis dans mes bras endoloris, il me fuit désormais comme un amant capricieux.

Mais qu’importe ! Car du côté des breuvages damnés, la victoire est éclatante : 187 jours sans alcool ! Jadis esclave des ivresses trouble-fête, je suis devenu maître des eaux limpides. J’achète encore de la bière, oui, mais pour mon voisin – étrange ironie du sort que de devenir le pourvoyeur de ce poison dont je me suis affranchi. Mais qu’importe, je trinque désormais à l’éther pur, laissant le brevage aux âmes encore enchaînées.

Hélas, si Bacchus m’a libéré de son emprise, la fumette, m’enlace encore de ses bras vaporeux. Je réduis le tabac, oui, mais avec la détermination vacillante de celui qui écrase une cigarette… avant d’en rouler une autre dans la foulée. Un combat digne des tragédies antiques, où je suis à la fois le héros et le traître, l’esclave et le roi.

Et que dire de mon rapport à la nourriture ? Autrefois conquérant de l’assiette, me voilà exilé de mes propres fourneaux. Je maigris, je fuis les repas comme un ascète raté. Mes 71,5 kg s’évaporent doucement, témoins silencieux d’un abandon gastronomique. Ai-je faim ? Sans aucun doute. Mais la langueur a remplacé l’appétit, et la cuisine est devenue un territoire hostile, peuplé de cocottes oubliées et de plats jamais préparés.

Quant à mon hygiène corporelle… ah, vaste sujet ! Je me lave, oui, mais uniquement par charité envers mes contemporains. Seul, je laisse mon corps se fondre dans la poussière du temps, comme un poète maudit trop occupé à contempler le vide pour s’inquiéter des effluves de sa propre existence.

Ainsi se poursuit mon épopée, entre grandeur et décrépitude, entre résolutions triomphantes et chutes théâtrales. Qu’importe la destination, c’est la traversée qui compte.

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