Éveil et Autres Catastrophes Intérieures

Tu crois être éveillé ? Retourne chez tes parents.

Tu crois que t’as trouvé la paix ? Mets-toi en couple.

Et si t’as encore des doutes… fais les deux en même temps.

J’étais calme, serein, joyeux. Ma vie se déployait avec grâce et majesté, comme une orchidée zen dans un salon bien rangé.

J’étais la paix incarnée, un moine moderne sans robe ni monastère. Et évidemment, dans cet océan de silence intérieur… la vie a flairé la faille.

“Tiens, si on lui balançait un couple, ça fera un bon test A/B.”

Parce que rien, rien, ne vient autant chatouiller l’éveil que les histoires de cœur.

Et là, mon pote… j’ai découvert des zones en moi dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

Des zones fragiles, des zones qui fuient, des zones blessées…

Bref, un service archéologique de l’âme, sans pinceau ni gants.

Je m’étais inventé ce dicton, genre mantra d’ascète urbain :

“Tu es libre… jusqu’à la frontière de ton inconscient.”

Sauf que moi, mon inconscient, c’est un parc d’attractions abandonné.

Et devine quoi ?

Il a rouvert. Sans prévenir. Sans tarif réduit.

J’ai tout oublié des trucs douloureux.

Mon cerveau a fait un reset façon Windows 95.

Mais les émotions, elles, ont gardé les sauvegardes.

Et elles se baladent aujourd’hui en mode zombie dans mon salon intérieur.

Je croyais que cette fameuse immobilité intérieure, cette paix sans conditions, allait me protéger.

Genre cape d’invisibilité émotionnelle.

Malheureusement ça ne protège de rien.

Au contraire, ça intensifie tout.

C’est comme regarder un drame familial… en 8K avec le son dans le cœur.

Même mon lit a arrêté de m’accueillir.

Avant, c’était mon bunker sacré.

Aujourd’hui, c’est juste un théâtre où se rejoue la grande pièce :

“Fragments d’un moi pas tout à fait guéri.”

Et pourtant, dans ce grand bordel, je digère.

Je digère des parts de moi oubliées, mal aimées, planquées derrière des blagues et des silences polis.

Je croyais que mon chemin, c’était le silence.

Maintenant je découvre que c’est aussi la voix.

Pas la Voix avec un V majuscule.

Non. Ma voix. Celle qui dit oui, non, j’ai envie, j’ai peur, je veux, je fuis.

Celle qui parle sans chapelet ni dictionnaire spirituel.

Pendant des années, j’ai dit non à tout.

À la vie.

Aux autres.

Aux sushis.

Par principe.

Parce que j’avais trop mal pour risquer un oui.

Et puis un jour, j’ai commencé à dire oui.

Pas le oui joyeux et conquérant.

Le oui tremblant, celui qui dit : “Ok, on y va, mais je prends ma doudoune intérieure.”

Et là, boom.

Les désirs sont revenus.

Moi qui me prenais pour un vieux yogi détaché de tout, voilà que j’ai envie.

Envie d’un partage. D’un corps. D’une présence.

Et là, forcément, la légèreté en prend un coup.

La liberté se met à cligner des yeux.

L’insouciance me regarde avec un air de “tu te souviens de moi ?”.

Et parfois, dans tout ce tumulte, je me dis :

“Merde, j’ai perdu mon éveil.”

Mais non.

Il est toujours là.

Silencieux. Invariable.

Il regarde juste ce grand bordel avec compassion, un peu comme un parent regarde son gamin faire une crise de nerfs pour une tartine trop grillée.

C’est là que le paradoxe m’explose à la figure :

Comment ça peut être à la fois si calme… et si bruyant ?

Comment je peux être en paix… tout en criant intérieurement comme une mouette en pleine tempête ?

Je croyais que l’éveil, c’était un havre de paix.

Mais c’est surtout un visa pour ressentir tout, fort, sans filtre.

La joie. La peine. La tendresse. Le chaos.

Les deux faces de la pièce… en stéréo.

Alors maintenant, quand quelqu’un me dit :

“Moi je suis éveillé.”

Je souris doucement.

Et je réponds :

“Parfait. Dis-moi juste comment tu réagis quand quelqu’un te dit qu’il n’a plus de réseau au moment où tu veux lui envoyer un vocal de 8 minutes sur la non-dualité.”

Parce qu’au fond, l’éveil, c’est pas d’être au-dessus de la mêlée.

C’est d’y être jusqu’au cou…

et de réussir à en rire.

Et parfois, c’est de pleurer comme un gosse…

avec la dignité d’un vieux sage en slip.

Facebook
X
VK
LinkedIn
Telegram
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *