Ou comment la pensée positive me transforme en esclave consentant du capitalisme, lobotomisé à coups de citations Instagram et de podcasts de coachs en mindset vendus comme la solution ultime. Avec Carrefour, je positive ! Ah non ça c’est une vieille pub.
La pensée positive, cette camisole dorée (trop bien, un rayon sacré de ouf), ce dogme moderne prêché par des entrepreneurs en manque de sens et des influenceurs en sueur, qui me fixent droit dans les yeux en balançant : « Si tu veux, tu peux. » Allez plus haut…
Ah bon ? Donc si je suis pauvre, malade ou en pleine dépression, c’est juste parce que je ne positive pas assez ? Ou peut-être que mon taux vibratoire est trop bas, ou que j’ai négligé de remercier l’univers ce matin !
Le bonheur ? Une start-up avec un business plan foireux où tout devient une question d’investissement personnel :
T’as pas d’argent ? Mentalité de pauvre ! Lis le dernier livre écrit par le milliardaire à la mode.
T’es malade ? T’as trop de pensées négatives ! Tu vibres dans le bas astral, les entités mangent ton Chi !
T’es en burn-out ? C’est un « cadeau déguisé » pour mieux te « réinventer » ! Pour mieux vibrer la licorne Adamantine… (trop bien, encore un rayon sacré)
L’auto-exploitation devient un mode de vie. On apprend à sourire à la misère, à applaudir les salaires indécents, à trouver une « leçon de vie » dans chaque galère.
Quant à moi, j’ai préféré la fuite : fuir mes émotions et tout le reste, tellement bien que j’en ai fait une discipline sportive. Et devinez quoi ? Ça a été un succès catastrophique. J’ai passé plus de 35 ans à faire comme Néo avec les balles, à enterrer mes émotions et le reste plus profondément que des secrets d’État. Résultat ? La peur est devenue mon ombre, la dépression mon colocataire, et un jour, mon corps a dit stop. Tétanisé. Impossible de bouger. J’ai littéralement passé plus de 6 ans coincé dans un lit, comme un moine en méditation forcée, sauf que mon seul mantra était : « Sortez-moi de là. » Que le vaisseau spatial de Marie-Madeleine vienne me récupérer pour me conduire vers la 12D.
Et maintenant, on me dit que je suis responsable de mon bonheur et, mieux encore, que je choisis ma réalité ? J’aimerais bien qu’on m’explique : si je suis responsable de mon bonheur, alors je suis aussi responsable de mes 35 ans de misère ?
Spoiler : je n’ai ni choisi d’être malheureux, ni choisi d’être heureux. Un jour, sans prévenir, comme par magie, le malheur a disparu. Pas par effort, pas par volonté, pas par mindset. Juste comme ça.
Neurosciences et pensée positive : bienvenue dans la secte du bonheur forcé où c’est Bisounours Cœur qui fait la loi.
1. Je veux nier mes émotions ? Très bien, mais mon cerveau n’oublie rien.
Le cerveau est programmé pour ressentir toutes les émotions, même les plus trash. Mais la pensée positive me dit : « Si tu ressens du négatif, c’est que tu fais mal les choses. » Alors j’enfouis, je refoule. Je colle un smiley mental sur mon trauma et je continue comme si de rien n’était. Sauf qu’à force d’empiler la merde sous le tapis, le tapis devient une bombe nucléaire de frustration. Et quand ça explose… c’est caca boudin.
2. L’ultra-positivité, c’est du stress en costard-cravate
Vouloir être heureux en permanence, c’est comme vouloir sprinter tout le temps : ça crame le système nerveux.
Cortisol en excès, anxiété rampante, burn-out déguisé… Mais au lieu de remettre en question le système, on me vendra une nouvelle formation : « Hack ton mindset en 21 jours » pour réparer les dégâts du bullshit précédent. Ah non, c’est la faute du Satan, il est là dans l’ombre, il a piraté mon esprit ! C’est ma faute, je lui ai proposé un thé un soir d’ivresse. Mais ça y est, j’ai la solution : le baptême ! Comme ça, Jésus va me sauver, quelle aubaine.
3. La dissociation cognitive : bienvenue chez les bots du développement personnel
À force de dire « Tout est parfait », même quand mon chat meurt et que mon proprio m’expulse, mon cerveau décroche du réel.
Je finis par tout nier en mode prince et princesse. Tout est fabuleux, surtout sur son lit de paillettes. Je me déconnecte de mes émotions et de mes discriminations. Je deviens un zombie du bien-être.
Le piège du positif
La pensée positive a un effet secondaire vicieux : elle me rend prisonnier du positif lui-même. Le positif et le négatif, c’est les deux faces d’une même pièce. Quand je renforce le positif, je renforce aussi le négatif.
Finalement, j’ai testé autre chose. J’ai lâché les deux. Plus de positif, plus de négatif. Juste ce qui est. Pas de vision magique, pas d’optimisme forcé, pas de mantras débiles. Juste la vie, avec ses tempêtes et ses accalmies.
Je refuse de souscrire à cette arnaque. Je n’ai pas signé pour un CDI du bonheur sous-payé. Mon enthousiasme ne vient pas d’un podcast de charlatan à 3 000 €, mais d’un truc simple : je n’ai plus l’énergie pour ce cirque. Je ressens, je vis. Parfois, j’ai envie de rire, parfois j’ai envie de tout cramer. Et c’est normal. Parce que je ne suis pas une machine à prout arc-en-ciel, je suis un être humain.
Alors, la prochaine fois qu’un illuminé du « Réveille ton plein potentiel » me dit : « Tu es responsable de ton bonheur. » Je lui répondrai… Ah ben non, je ne lui répondrai pas ! Je continuerai à vivre. À ressentir. À être authentique. Et surtout, à ne pas être un esclave du bonheur en kit.