La peur dans le ventre : une épopée viscérale (avec supplément vendeur de tapis)

Il y a cette chose, tapie dans mes entrailles. Une créature informe, une angoisse sourde qui palpite et se love quelque part entre mon bas-ventre et mon diaphragme. Une boule, un nœud, un poing fermé qui cogne de l’intérieur. Parfois, elle remonte comme un serpent, s’enroule autour de ma gorge et me coupe le souffle. D’autres fois, elle se tient tranquille, en embuscade, prête à bondir à la moindre occasion : un mail non ouvert, un compte bancaire non consulté, une facture qui attend, un nouveau post Facebook non liké.

Autrefois, j’aurais appelé ça une anomalie, une maladie, un parasite mental à éradiquer d’urgence. « Ce n’est pas normal, il faut que ça parte. » Mais plus je voulais l’exorciser, plus elle prenait de la place. Jusqu’à me clouer sur place, incapable de bouger, figé comme une statue en pleine attaque de panique, le Parkinson en plus sinon ce n’est pas drôle. Payer un loyer devenait aussi ardu que l’ascension de l’Everest. Répondre au téléphone relevait de la spéléologie en apnée.

Puis, un jour, j’ai cessé de juger cette sensation de peur panique. J’ai arrêté de la traiter comme un monstre à abattre. Je l’ai observée comme on regarde un vieux meuble qu’on traîne depuis toujours. « Ah, encore toi. » Tu n’as pas changé, tu es toujours là. Mais tu n’as plus de pouvoir. Tu ne me tétanises plus. Je fais les choses avec elle. Je marche, je parle, je vis, et s’il faut vomir, eh bien, je vomirai – mais j’irai quand même. D’ailleurs, en écrivant ces lignes, j’ai le ventre en PLS.

D’ailleurs, si vous pensiez que j’allais conclure en vous vendant une méthode révolutionnaire en 5 étapes pour vaincre votre anxiété… désolé, je ne suis pas (encore) un vendeur de tapis. Je ne vais pas vous promettre que votre peur disparaîtra comme par magie après un séminaire de développement personnel hors de prix ou un bain d’eau glacée à 4 h du matin. J’aimerais bien, mais je ne m’appelle pas Harry, j’ai les lunettes, mais pas la baguette. La peur est là, elle fait partie de moi. Parfois agaçante, souvent envahissante, mais bon, comme un vieux tapis kitsch rose fluo au milieu du salon, elle a fini par trouver sa place.

Je me souviens de la première fois où j’ai mis les pieds sur scène, à La Criée, à Marseille. Une peur telle que mes tripes voulaient s’échapper par ma bouche. J’ai failli faire demi-tour. Et puis j’y suis allé. Apparemment, j’ai été grandiose. Spectaculaire. La peur m’avait transcendé. Les fois suivantes ? Plus de peur. Plus d’énergie brute. J’étais fade.

Alors, la peur a-t-elle du bon ? Je ne sais pas. Mais elle est là. Fidèle au rendez-vous à chaque pas que je fais. Peut-être pas une ennemie. Peut-être juste une vieille compagne, un feu sous la peau. Et tant qu’elle ne me dicte pas mes pas, alors, qu’elle reste. Un tapis mal assorti, c’est toujours mieux qu’un sol froid.

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