À l’ère des normes, des standards communautaires et des régulations de toutes sortes, il est impensable d’évoquer des sujets jugés inappropriés, tels que la drogue. Car, bien entendu, la drogue est illégale, et je tiens à rappeler avec la plus grande fermeté que je ne la recommande à personne. La dépendance, cette maladie insidieuse, est un fléau dont il faut se défaire à tout prix. Cependant, permettez-moi de vous offrir une histoire qui m’a laissé dans un état d’incrédulité absolue et qui, je l’espère, saura illuminer les paradoxes de notre époque.
Il y a quelques années, je me suis trouvé à acheter des substances sur le marché d’Espéraza, un lieu que beaucoup associé à l’ombre d’une société en marge. Au fil du temps, une étrange complicité s’est installée entre moi et un homme, toujours au même endroit. Nos échanges, d’abord superficiels, sont devenus plus profonds, et un jour, il m’a confié une histoire à faire frémir : il avait reçu l’aval des autorités pour exercer ce commerce illicite. Oui, vous avez bien entendu : la gendarmerie, loin d’être un obstacle, l’avait autorisé à exercer son activité.
Mais le comble de l’absurde n’en est pas resté là. Quelques années plus tard, lors d’une rencontre habituelle, il me fit partie d’une nouvelle qui, je l’avoue, me laissa sans voix. « Je ne vends plus rien », me dit-il. Étonné, je m’enquis des raisons. Et là, dans un souffle, il me répondit : « La gendarmerie m’a retiré mon autorisation de dealer. »
Si cette histoire est véridique, alors elle incarne l’essence même de la folie administrative et de la distorsion des valeurs dans lesquelles nous baignons. Quelle société peut prétendre lutter contre un mal qu’elle autorise par ses propres institutions, pour ensuite en retirer les permis avec une légèreté déconcertante ? C’est là, dans ce petit coin de monde où les contradictions fleurissent comme des roses empoisonnées, que l’on peut véritablement mesurer à quel point les fondements de notre réalité sont fragiles et absurdes.
Ainsi, loin des principes et des motivations que l’on tente de nous vendre chaque jour, cette histoire résume en elle-même la dissonance d’une époque où la vérité semble se cacher derrière des rideaux de fumée, et où l’incohérence règne en maître.