Les bouffées d’angoisse, insidieuses et sans raison apparente, surgissent sans crier gare, tourbillonnant autour de moi dans un ballet incessant de vagues, parfois proches, parfois lointaines, mais toujours présentes. Leur impact sur la structure complexe de mon être est une symphonie étrange, jouée à plusieurs niveaux, et à chaque couche correspond une réponse singulière.
La couche intérieure, celle qui représente mon essence la plus profonde, demeure implacable et silencieuse, inaltérée par cette agitation. Elle reste immobile dans une quiétude insondable, comme un lac paisible sous une tempête.
La couche intermédiaire, celle de la pensée et des émotions, se met en branle, frénétiquement à la recherche d’une explication rationnelle à cette sensation étrange qui m’envahit. Elle s’agite, elle bouillonne, elle scrute sans fin dans l’espoir de trouver un raisonnement, une logique, un coupable, un sens à ce tourment.
Quant à la couche extérieure, cette incarnation corporelle, elle ne s’embarrasse pas de spéculations mentales ; elle se contente d’envoyer un message clair et direct : une peur viscérale qui s’installe, d’abord dans le ventre, puis qui se propage comme une marée montante. Cette sensation physique est brutale, tangible, comme une main glacée qui m’attrape et ne veut plus me lâcher.
Et ainsi, je me retrouve à vivre, en simultané, la paix intérieure, cette présence sans nom, l’ agitation mentale qui s’évertue à démêler le mystère, et la sensation corporelle brute de la peur, qui s’infiltre dans chaque fibre de mon être.
Pendant longtemps, j’ai cru que la clé résidait dans la découverte du silence intérieur. Je pensais naïvement que, lorsque ce silence serait entièrement découvert, il calmerait l’agitation de la couche intermédiaire et apaiserait l’ensemble de ma structure. Mais voilà, cette croyance s’est révélée fallacieuse. Car il s’avère que ces phénomènes ne peuvent être séparés ; ils existent côte à côte, interagissant sans cesse, de manière de plus en plus vive et intense.
La vérité que je perçois aujourd’hui est une révélation, bien plus subtile : le seul véritable perturbateur de cet équilibre fragile, le seul à causer de l’agitation dans mon système, c’est la petite voix intérieure, ce juge impitoyable, cette petite bête intérieure, qui, implacablement, cherche une logique, un sens, un pourquoi, un commentaire. Sans elle, l’angoisse ne serait qu’une sensation parmi d’autres, une brume passagère qui n’aurait aucun pouvoir. Mais elle, cette petite bête insatiable, en cherchant désespérément une cause, transforme cette sensation en un problème à résoudre, une situation « anormale », alors qu’en réalité, elle est simplement un phénomène naturel, aussi transitoire que les nuages dans le ciel.