L’Exode d’un Naufragé du Canapé : Chronique d’un Miracle Moderne

Il fut un temps où j’étais l’incarnation même de la larve humaine. Un spécimen rare, une créature mythologique mi-matelas, mi-humanoïde, cloué au lit comme un pharaon momifié dans ses draps. Mon quotidien ? Une masterclass de procrastination dépressive : 80 % de mon temps passé à fusionner avec mon lit et les 20 % restants à perfectionner l’art subtil de la dépendance sous toutes ses formes.

Mes journées étaient rythmées par des réflexions hautement philosophiques du genre : « Suis-je un Pléiadien bleuté incarné sur Terre pour révolutionner la vie ici-bas ? » ou encore « Peut-être qu’en restant assez longtemps immobile, l’illumination ultime de la source des sources viendrait à moi… ou au moins une pizza 4 fromages. »

Mais un jour, dans un éclair de lucidité (probablement un bug matriciel), j’ai envoyé un SOS à mon professeur d’ayurveda, un homme sage et patient qui a dû méditer un moment avant de me répondre. Il m’a sorti la condition ultime :
« Ok, je t’aide, mais d’abord… va voir un psychiatre et prends ton traitement. »

PARDON ? Moi ? Accepter un diagnostic de schizophrénie affective et avaler des pilules en provenance directe de Big Pharma ? Mais quel blasphème ! J’étais convaincu d’être un génie incompris, un marginal éclairé, un chaman des temps modernes ! Mais la vérité, c’est que j’étais surtout perché sur un nuage de fumée psychotique qui me faisait croire que la télépathie, la téléportation et l’auto-guérison fonctionnaient aussi facilement qu’une roue tourne sur elle-même.

Bref, j’ai fini par céder. J’ai pris mon premier cachet d’Abilify comme un preux chevalier boit sa dernière rasade avant la bataille. Et là… MIRACLE. Le chaos mental s’est apaisé, les délires se sont faits la malle, et pour la première fois depuis des années, mon cerveau a arrêté de faire des loopings comme un marsupilami sous exta.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Car mes deux meilleurs amis, l’alcool et le cannabis, eux, étaient toujours là, triomphants, me tenant la main comme deux pervers narcissiques collés à ma croupe. C’est là que l’Univers, dans sa grande sagesse (ou son humour douteux), a décidé de me donner une bonne leçon : deux accidents de scooter en une semaine.

Bon. D’accord. Là, j’ai capté. J’ai vu ma vie défiler en un éclair et franchement, c’était pas ouf. Comme un déclic cosmique, un miracle venu des dieux en personne, j’ai décidé d’arrêter l’alcool du jour au lendemain, comme un moine qui fait vœu de chasteté après une illumination mariale. Finis les blackouts, les réveils douteux et les conversations gênantes du style : « Attends… j’ai vraiment fait ça hier soir ? La honte absolue. »

Il me restait le boss de fin : le cannabis. Et là, ce fut un combat contre Goliath. Un soir, en pleine séance de thérapie, mon thérapeute me sort la phrase qui va tout faire basculer :
« Si tu continues, tu vas tourner en boucle comme un hamster sous crack. »

BIM. Révélation.

Ce soir-là, j’ai fumé mon dernier joint comme on dit adieu à un amour toxique (enfin, le dernier joint a duré trois semaines, le temps de finir mon stock). Trois jours de sevrage plus tard, j’avais survécu (avec un peu de Xanax en mode chill, mais chut). Et c’est là que le miracle s’est produit : un job de commis de cuisine est tombé du ciel. Moi, le naufragé du canapé, me voilà propulsé dans un monde où il faut… tenez-vous bien… BOUGER.

Et vous savez quoi ? J’ai adoré.

J’étais utile ! J’avais une fonction dans la société ! On me regardait autrement que comme « le type chelou qui parle tout seul en terrasse » ! Je me suis découvert un super-pouvoir : faire quelque chose de mes dix doigts sans que cela implique un briquet et du tabac.

Petit à petit, j’ai recommencé à exister. J’ai redécouvert des plaisirs simples : marcher sans avoir l’impression d’être une limace asthmatique, soulever des haltères sans risquer l’arrêt cardiaque, et… grande première… ME FAIRE À MANGER ! Après des années à croire que le frigo était un monstre tout droit sorti d’un film d’horreur, j’ai appris à ouvrir une boîte de thon et à cuire des pâtes sans risquer l’incendie domestique (cette phase n’a néanmoins pas duré longtemps).

Socialement, c’était aussi une révélation : il y avait des gens dehors ! Des vrais ! Avec qui on peut parler sans être complètement foncedé ! Incroyable !

Aujourd’hui, en regardant mon parcours, je ressent une fierté digne d’un héros grec. J’ai survécu à moi-même, ce qui est un exploit. J’ai troqué la fumette pour la cuisine, la léthargie pour l’action, et les illusions pour… une vie rationnelle sur le plancher des vaches.

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