Peut-on continuer à encrasser cette terre pavée de contradictions, naviguer dans l’océan tumultueux du capitalisme triomphant, et prétendre vivre avec une éthique intacte ? Peut-on tendre la main vers la justice sans, dans le même geste, nourrir l’injustice et l’abu?
Pour moi, vivre de manière éthique en Occident est tout bonnement impossible.
Car l’Occident, ce colosse aux pieds de plastique, a tissé une toile si vaste et si insidieuse que toute tentative de vertu s’y englue fatalement. Chaque bouchée que nous avalons, chaque vêtement que nous enfilons, chaque gadget que nous effleurons du bout des doigts… tout est teinté, de près ou de loin, de l’exploitation, du pillage et du cynisme.
Acheter bio, local, équitable ? Illusion de pureté. Derrière les étiquettes, des chaînes d’approvisionnement opaques, des travailleurs sous-payés, des océans de kérosène brûlés pour acheminer un frélaté idéal jusqu’à nos étals. Refuser la fast fashion ? Fort bien, mais où trouver le tissu vierge d’abus, la couture qui ne saigne pas ? Bannir la technologie ? Peut-être, si l’on est prêt à renoncer aux métaux rares extraits au prix du sang et de la misère.
L’éthique, en Occident, n’est pas un mode de vie. C’est un combat perdu d’avance, une quête qui s’effondre sous le poids de sa propre hypocrisie. Nous sommes les consommateurs d’un monde bâti sur l’exploitation, et chaque respiration que nous prenons est une dette contractée envers ceux qui payaient le prix de notre confort.
Alors, faut-il se résigner ? Peut-être pas. Peut-être suffit-il de cesser de se bercer d’illusions, d’abandonner l’idée d’une innocence totale pour embrasser une lucidité plus tranchante. Faire de son mieux, en sachant que ce mieux ne sera jamais assez.
Et vous, qu’en pensez-vous ?