Bisounours cœur m’a regardé droit dans les yeux, il a rigolé, m’a foutu un grand coup de pied et s’est barré.
J’étais bien. J’avais mon job, mon équilibre, ma tranquillité. Une vie de moine Shaolin de la cuisine : précis, rapide, efficace. Je découpais mes carottes avec la concentration d’un chirurgien sous caféine, je faisais la vaisselle avec la grâce d’un danseur étoile, et je passais la serpillière comme si je préparais le tatami d’un combat de sumo. Bref, j’étais dans mon flow. Rien ne pouvait me perturber. Rien.
Et là… BAM.
Une pensée. Une obsession s’installe. Une fille.
Sept ans de célibat remis en question en quelques secondes. Sept ans dans un désert relationnel, peinard, sans embrouilles, sans crushs, pas de « oh mon dieu elle a liké mon message, qu’est-ce que ça veut dire ? ». J’avais la paix intérieure, comme un vieux maître zen qui médite sur le sommet d’une montagne. Sacré la montagne évidemment.
Et là, d’un coup, un simple échange de messages et c’est Bollywood dans ma tête.
Tout ça pour une fille que je n’ai jamais vue en vrai. Oui, parce que bien sûr j’ai le fantasme facile. D’autre part, pour faciliter l’histoire, elle habite à l’autre bout du monde. (Bon, ok, j’exagère peut-être un peu, mais vu la distance, je commence sérieusement à envisager la téléportation ou au moins une levée de fonds pour mes billets de train.)
Les relations ? Je ne sais plus comment ça marche. Les rencontres ? Encore pire. Je suis comme un bébé tortue qui essaie d’atteindre l’océan en évitant les mouettes.
Bien sûr, j’en parle à mon cuisinier avec l’enthousiasme d’un adolescent en pleine poussée hormonale. Faudrait peut-être que je me calme, sinon il va finir par me jeter une louche à la tête, appeler un exorciste ou, pire encore, me donner des conseils.
Mais bon, je me dis que j’ai au moins cinq minutes pour lui envoyer un message, un petit truc cool, détendu…
SAUF QUE NON.
Coup de feu en cuisine. On passe de 30 à 130 couverts. Mon moment de rêverie romantique se fait écraser par une avalanche de boulot. Mon cerveau passe de « comment flirter intelligemment ? » à « comment ne pas mourir sous une montagne de vaisselle ? »
Et pourtant… Je le sais. Dès que je vais poser mon tablier, ça va recommencer. Je vais rouvrir mon téléphone, checker ses messages comme si ma vie en dépendait, hésiter 14 fois à lui écrire un truc, taper trois brouillons, les effacer, et finir par envoyer un emoji tellement nul que je vais vouloir me désintégrer.